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Foire aux questions - Afrique-France : réinventer le co-développement

Afrique-France : réinventer le co-développementQu'est-ce que le co-développement ? Où en est la croissance de l'Afrique ? Que nous enseignent les pays émergents dans leur relation avec l'Afrique ? Comment encourager l’investissement en Afrique ? Etc. Les réponses aux questions qui nous ont le plus souvent été posées.

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1. Pourquoi l’Institut Montaigne a-t-il choisi de travailler sur le co-développement ?
La mondialisation et le contexte économique actuel invitent à repenser les rapports entre les pays d’Afrique et la France. L’Afrique, continent qui affiche désormais une croissance supérieure à celle de l’Europe, manque des savoir-faire et de la technologie indispensables pour libérer son potentiel de croissance. La France et l’Europe, quant à elles, ont besoin de débouchés pour relancer le leur. Il faut rappeler que l’Afrique est la seule zone au monde où la France a dégagé en 2009 des excédents commerciaux. La complémentarité de nos économies et le partenariat "gagnant-gagnant" doivent être placés au cœur de la stratégie de co-développement.


2. Où en est la croissance de l’Afrique ?
Le continent africain, réservoir de jeunes talents, est entré dans la mondialisation. Il présente d’exceptionnelles perspectives de développement. Il faut en finir avec l’image d’une Afrique condamnée au sous-développement et à la pauvreté. Cette zone connaît désormais une croissance économique soutenue : 6 % au moins avant la crise, encore 3 % en 2009.


3. Qu’est-ce que le co-développement ?
Au début des années 1980, les "inventeurs" du co-développement souhaitaient créer un partenariat mutuellement bénéfique entre la France et quelques pays émergents pour mettre à profit leurs atouts complémentaires : savoir-faire et haute technologie d’une part, main-d’œuvre et ressources naturelles abondantes d’autre part. Cette politique ambitieuse et novatrice n’a pas été suivie d’effets. Le co-développement est devenu aujourd’hui une notion défensive : dépenser de l’argent public pour limiter les flux d’immigration. L’Institut Montaigne souhaite réinventer ce concept dans le sens d’une relation gagnant-gagnant, libératrice de croissance pour l’ensemble des acteurs, appuyée sur l’ensemble des ressources disponibles, publiques comme privées.


4. 50 ans après les indépendances, où en est la relation entre l’Afrique et la France ?
Si elle ne veut pas que les pays africains se détournent d’elle, la France ne peut plus penser ses relations avec l’Afrique comme elle le faisait au moment des décolonisations. Les relations Sud-Sud se déploient peu à peu, au détriment des liens entre l’Europe et l’Afrique, mais aussi au préjudice des positions a priori favorables dont jouissaient des Etats comme la France. Néanmoins, la relation entre l’Afrique et la France est ancienne et solide. L’Afrique est le continent où l’on recense le plus grand nombre de francophones (près de 120 millions). Les investissements français en Afrique restent importants : 7,7 % du stock contre 9,6 % pour les USA et seulement 0,6 % pour la Chine en mai 2010.


5. Que nous enseignent les pays émergents dans leur relation avec l’Afrique ?
Aujourd’hui, les pays africains, de plus en plus réticents à cette forme unilatérale d’assistance que prend parfois l’aide au développement, se tournent vers les pays émergents qui semblent avoir trouvé les clés du développement. Ces derniers, à la fois bénéficiaires nets de l’aide au développement et donateurs, eux-mêmes anciens pays colonisés, forment une référence nouvelle et sont perçus comme des partenaires économiques crédibles. L’approche des pays émergents, pragmatique et décomplexée, se caractérise par le refus de l’ingérence politique et par la mise en place de partenariats économiques gagnant-gagnant. La France, sans adopter une attitude prédatrice, doit s’inspirer de ces relations plus équilibrées pour construire un nouveau partenariat avec le continent.


6. Le 25ème sommet Afrique-France, qui s’est tenu à Nice en mai 2010, marque-t-il un tournant dans les relations entre la France et le continent africain ? Que reste-t-il à faire aujourd’hui ?
C’est l’ambition déclarée de Nicolas Sarkozy, qui a manifesté sa volonté de ne pas s’en tenir à l’Afrique francophone, qui appelle à la mobilisation des acteurs privés en invitant plusieurs centaines de chefs d’entreprises français et de chefs d’entreprises africains. Il a réaffirmé sa conviction que France et Afrique, liées par "une communauté de destins et une communauté d’intérêts" devaient construire une "relation partenariale". Quant à la méthode pour accomplir un tel projet, les propositions de l’Institut Montaigne sur le co-développement y répondent.


7. Comment encourager l’investissement en Afrique ?
Deux leviers permettraient de l’encourager :

- Faire de l'aide publique au développement un levier pour l'investissement dans les secteurs stratégiques. Elle pourrait être mobilisée afin de garantir les investissements viables les plus risqués et les plus intensifs en capital effectués par les acteurs privés.

- Faciliter l'investissement dans les PME africaines grâce au Private Equity, intermédiaire indispensable entre le microcrédit et les modes de financement des grandes entreprises. Les réformes institutionnelles qui permettent de développer le Private Equity doivent être encouragées.
 

8. Comment valoriser l’épargne des migrants et les transferts de fonds entre les continents ?
Les flux financiers engendrés par les transferts des travailleurs immigrés de la France vers leur pays d’origine sont estimés à 8 milliards d’euros par an. Ces mouvements s’effectuent actuellement de manière largement informelle. Il faut développer la bancarisation de cette épargne en proposant aux migrants des services personnalisés, comprenant par exemple des taux réduits pour les flux financiers. L’utilisation des nouvelles technologies doit également être encouragée pour favoriser ces opérations, notamment la téléphonie mobile qui connaît en Afrique un développement fulgurant (déjà 4 Africains sur 10 possèdent une ligne de téléphone portable).


9. Comment assurer un meilleur partage des connaissances et des savoir-faire ?
Le continent africain, réservoir de jeunes talents (la moitié de sa population a moins de vingt ans) participe de la mondialisation et présente d’exceptionnelles perspectives de développement. L’Europe, à la démographie vieillissante (seul un cinquième de la population a moins de vingt ans), voit son marché intérieur s’essouffler. Elle a besoin des atouts de l’Afrique. La complémentarité des ressources humaines entre les deux continents est évidente : des accords pragmatiques encourageant un swap entre juniors et seniors permettraient un échange de savoirs, de compétences et une meilleure intégration des économies respectives.
L’implication de seniors français qui transmettent leur expertise doit être renforcée, que ce soit dans le cadre associatif ou entrepreneurial. Il est aussi possible de créer des antennes de laboratoires français en Afrique, des pôles d’excellence qui mettraient les infrastructures nécessaires pour mener leurs travaux à la disposition de chercheurs africains hautement qualifiés. Cela permettrait à nos laboratoires de disposer de relais sur ce continent décisif pour leur recherche, à l’instar de ce que réalise l’Institut Pasteur à Madagascar. Les pays ont tout intérêt à contractualiser leurs besoins, par exemple en donnant des moyens à l’enseignement médical et paramédical au Sud avec des programmes d’échanges et un aménagement du retour des personnels qualifiés formés en Europe. Cet aménagement s’effectuerait par des installations médicales de qualité, une rémunération à la hauteur des compétences, etc.


10. Comment éviter le brain drain ?
La fuite des cerveaux (brain drain) est un véritable drame en Afrique. Elle prive le continent de ses meilleurs talents. Il y a par exemple plus de scientifiques et d'ingénieurs africains aux Etats-Unis qu'en Afrique. La moitié des promotions des écoles paramédicales béninoises et le tiers des praticiens hospitaliers béninois travaillent en France. Cet exil touche les chercheurs et les techniciens mais aussi les enseignants, les infirmières et les médecins.

Pour éviter cette fuite des cerveaux, l’Institut Montaigne propose de :

- Contractualiser les échanges de personnels qualifiés : les conditions de la venue et de l’emploi des Africains hautement qualifiés en Europe comme celles de leur retour dans le pays d’origine doivent être débattues puis contractualisées, pour éviter un "pillage" des ressources humaines du continent.

 

- Créer une université internationale d’excellence en Afrique. Elle aurait pour objectif d’attirer les meilleurs talents africains et les meilleurs talents européens. Elle serait financée pour partie par des fonds publics, des fonds privés, mais aussi par les droits de scolarité des élèves qui en auraient les moyens (avec un système de bourses pour les autres).


11. Quelles sont vos propositions pour améliorer l’enseignement supérieur en Afrique ?

L’Institut Montaigne propose de :

- Créer un partenariat renforcé entre les universités africaines et les universités françaises. En favorisant la mobilité internationale des enseignants et des élèves des deux continents, deviendra possible la mutualisation des connaissances, des enseignements, des méthodologies, des cultures.

- Impliquer les entreprises du Nord dans ces partenariats par des stages au sein de différentes unités implantées à l’étranger. Organiser des échanges de stagiaires entre continents afin d’inculquer une double culture à la fois aux étudiants africains et aux étudiants européens. En contrepartie, l’administration doit améliorer la politique consulaire. Par ailleurs, l’enseignement supérieur public doit trouver des sources de financement différentes du seul budget des Etats. Les entreprises pourraient s’impliquer dans cette tâche.

- Développer des liens entre recherche fondamentale, recherche appliquée et politiques publiques, en dépassant les coopérations bilatérales. L'Afrique ne sera pas insérée dans l'effort mondial de recherche sans une politique volontariste. Il ne manque ni les besoins, ni les capacités de financement, ni les compétences. Le secteur privé comme les fondations doivent se sentir responsables de cette ambition.