Depuis 2002, l'Institut Montaigne souhaite placer la démarche qualité au coeur du système de soins. Il vient de publier une note intitulée "Réussir le DMP", dans laquelle il formule cinq propositions pour réussir cette relance délicate. Améliorer la qualité des soins, assurer leur continuité entre les professionnels de santé, faciliter le partage d'informations dans le respect de la vie privée de chacun, éviter les actes redondants : tels sont les espoirs fondés sur le DMP pour une meilleure qualité des soins et une plus grande maîtrise des dépenses de santé. En 2004, Philippe Douste-Blazy, alors ministre de la Santé, annonçait des gains de l'ordre de 3,5 milliards d'euros.

Ce chiffre a vite été revu à la baisse et, lors de l'annonce de la relance en avril 2009, le ministère de la Santé s'est bien gardé d'avancer un chiffre précis. Si les gains doivent encore être précisément chiffrés, la réussite du DMP aura un coût. Or le budget annonce est de l'ordre de 90 millions d'euros pour 2010. Un chiffre presque dérisoire rapporté aux 12 milliards de livres investis par la Grande-Bretagne pour l'informatisation de son système de santé national, projet qui a largement dépassé le cadre du simple dossier patient numérisé.

Relancer avec succès le DMP constitue un véritable défi. Susciter l'intérêt des patients et mobiliser les professionnels de santé n'est pas si simple. Depuis 2004, les attentes ont évolué et de nombreux dossiers médicaux informatisés issus d'expérimentations locales innovantes ont vu le jour, alors que les pouvoirs publics retardaient sans cesse le lancement national. Il faut éviter un DMP cloisonné et non "communiquant" qui ne prendrait pas en compte ces innovations locales et les multiples logiciels déjà utilisés par les professionnels de santé. Les Suédois l'ont bien compris et leur stratégie nationale en matière d'e-santé a été élaborée en concertation avec l'ensemble des professionnels de santé. Le dossier médical électronique suédois est déjà opérationnel et les différents systèmes existants peuvent se connecter aisément au dossier médical national. Les patients doivent être placés au cœur de la stratégie de déploiement du DMP qui ne saurait être un simple carnet de santé informatisé se contentant de stocker des données peu lisibles sans offrir une interface intelligible pour les patients. Des incitations financières peuvent être envisagées par les groupes de prévoyance, les mutuelles et les compagnies d'assurances afin d'encourager les patients à utiliser le DMP. Ils auraient tout à y gagner, car un DMP dûment renseigné diminuera considérablement les actes redondants et évitera nombre d'accidents iatrogènes. Pour encourager les médecins, on peut imaginer des incitations financières inspirées des contrats d'amélioration des pratiques individuelles (CAPI).

Certains assurés sociaux devraient d'ailleurs être ciblés prioritairement : avant d'étendre le DMP, les sept millions de personnes atteintes d'affections longue durée (ou ALD, tels le diabète, le cancer ou l'hypertension) ainsi que celles en situation de dépendance devraient se voir attribuer en priorité un DMP. Ces patients sont déjà sensibilisés à la nécessité d'un suivi multidisciplinaire et les professionnels de santé qui les suivent travaillent en concertation et sont demandeurs d'un meilleur partage de l'information. Commencer par ces populations n'exclut pas de sensibiliser tous nos concitoyens. Depuis l'annonce de 2004, l'information sur le DMP est peu lisible. Une campagne d'information doit être envisagée au plus vite afin de susciter l'intérêt des usagers et de les préparer à l'arrivée de ce nouvel outil. Le DMP est une excellente idée : ne la gâchons pas.