Cette tendance accentue la perception d’un monde coupé en deux : celui de la finance, agité, fulgurant parfois, juteux aussi, plus ou moins déconnecté de celui des biens et des services, calme, plutôt lent, de moins en moins profitable. Le premier se nourrit du "court-termisme", le second en souffre.

Dans ce contexte émergent des réactions de plus en plus vives. Au cœur même de la City, poumon du capitalisme bancaire, le régulateur britannique, Lord Turner, a contesté il y a quelques mois l’utilité d’une certaine finance de marché (trading). Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Alistair Darling, s’est déclaré favorable à la Taxe Tobin, ce prélèvement sur les transactions de capitaux que proposait feu le professeur de Yale, prix Nobel en 1981. Ce sont aujourd’hui les bonus bancaires qu’après les Britanniques les Français vont taxer. L’Europe pourrait suivre dans la foulée, en dépit de la prudence allemande.

Ce mouvement témoigne d’une remise en cause, timide encore, certes, mais réelle, de la dictature du court terme. Il ne suffit pourtant pas de combattre ce dernier en lui mettant des bâtons dans les roues, il faut aussi passer au côté positif et promouvoir le long terme en soi. Favoriser les investisseurs stables. Mieux rémunérer les actionnaires permanents. Etaler dans le temps les bonus. Substituer à la mesure de l’immédiat une quantification dans la durée. Bref, réintroduire cette dimension temporelle dans l’âme du capitalisme.