La polygamie porte atteinte à l’égalité homme-femme, pilier de notre République. Elle est contraire à la Charte européenne des Droits fondamentaux[1] comme à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme[2]. Phénomène très minoritaire rapporté à la population de notre pays et même à la population totale d’étrangers en France, la polygamie constitue néanmoins un danger pour l’organisation sociale dans les territoires où elle est particulièrement concentrée.

Interdite en France et dans l’Union européenne, elle est pourtant pratiquée et souvent considérée comme une fatalité par les autorités publiques qui devraient la combattre. Elle est un tabou pour les politiques et les administrations. Elle peut susciter les pires fantasmes dans l’opinion. Notre thèse est à l’opposé de cette acceptation tacite et de ce renoncement : à nos yeux, la polygamie est un phénomène que l’on peut combattre si on s’en donne l’ambition et les moyens.

J’aimerais insister sur le caractère destructeur de la polygamie pour les femmes et les enfants qui la subissent. Ces derniers ne peuvent bénéficier de l’éducation qu’ils devraient recevoir, ils sont très tôt privés de leur futur et ils n’ont que peu de chances de vivre une vie normale. Ces victimes n’ont pas choisi ce destin, mais il s’impose à eux sous les formes les plus dures : inégalité dans le mariage et soumission pour les femmes, renoncement aux droits fondamentaux à l’intimité, privation d’une éducation digne de ce nom, misère matérielle, peur du lendemain. Ces situations sont connues des associations qui cherchent des solutions individuelles pour les femmes courageuses qui font le choix de décohabiter ; elles sont connues des travailleurs sociaux qui sont souvent dépourvus d’outils efficaces pour accompagner les femmes qui viennent vers eux ; elles sont connues des pouvoirs publics qui semblent avoir baissé les bras face à ce phénomène. Ainsi la loi de 1993 sur l’interdiction des regroupements familiaux en cas de polygamie peut-elle être contournée dans l’indifférence générale.

Plutôt que de considérer la polygamie comme une fatalité, comme un tabou qui met mal à l’aise les responsables politiques de tout bord, j’ai choisi ici de témoigner de mon expérience personnelle de responsable associative, et je remercie l’Institut Montaigne d’avoir accepté de reprendre ce témoignage et ces premières propositions. J’espère que cette contribution permettra de sortir de l’oubli les femmes et les enfants qui souffrent de situations qui portent atteinte aux valeurs les plus fondamentales de notre République.

Découvrez le travail de Sonia Imloul sur le site web de l’Institut Montaigne

Notes

[1] Articles 9, 23 et 24 sur le droit au mariage, l’égalité entre hommes et femmes, et le droit de l’enfant.

[2] Article 16 qui consacre l’égalité dans le mariage : "A partir de l'âge nubile, l'homme et la femme, sans aucune restriction quant à la race, la nationalité ou la religion, ont le droit de se marier et de fonder une famille. Ils ont des droits égaux au regard du mariage, durant le mariage et lors de sa dissolution."