Ainsi, au début des années 1950, près de 30% des admis à l’ENA, HEC, Polytechnique et Normale Sup étaient issus de milieux dits « modestes ». Aujourd'hui, cette proportion est trois fois moins élevée. Dans le même temps, la part des enfants de cadres et de professions intellectuelles supérieures (cadres, chefs d’entreprise, enseignants du second degré ou du supérieur…) représente 85% des étudiants de ces institutions prestigieuses. Aujourd’hui, les enfants d’ouvriers ou d’employés ont 20 fois moins de chances d'y parvenir que les fils et filles de « milieux supérieurs ».

Ainsi, le diagnostic alors exagérément sévère de Pierre Bourdieu, qui considérait il y a trente ans que les Grandes Ecoles étaient les agents de la « reproduction sociale », est-il hélas rejoint par la réalité. Intégrer une « grande » école n’est presque plus possible si l’on ne vient pas du « bon» lycée… Cette situation bafoue la promesse républicaine d'égalité des chances et illustre jusqu'à la caricature la panne de l'ascenseur social.

Pour faire sauter le verrou social qui existe à l'entrée de ces « fabriques à élites», L’Institut Montaigne propose de réserver des places dans les classes prépa aux élèves les plus brillants issus des ZEP. Avec un seul objectif : favoriser des recrutements plus diversifiés, mais toujours méritocratiques. Des solutions innovantes et variées ont été testées ici et là (à Sciences-Po, à l’ESSEC, à l’ENSAM…), visant à la fois à briser l’autocensure et le manque d’information qui met les jeunes issus des quartiers difficiles à l’écart des circuits d’excellence même lorsqu’ils sont pétris de talent, et à favoriser leur parcours malgré leurs difficultés spécifiques. Elles donnent des résultats très encourageants. Et elles méritent d’être étudiées, et dupliquées !