Reconnaissons qu’il est bien difficile, pour les députés, d’exister face à un Nicolas Sarkozy qui leur vole un peu la vedette. Sur la scène médiatique, politique, gouvernementale, le Président de la République est partout. Du coup, on a l’étrange sensation que l’Assemblée Nationale, alors même qu’elle est un acteur essentiel de nos institutions, fait la Une surtout le mardi et le mercredi, jours consacrés aux si attrayantes questions au … Gouvernement, forcément retransmises à la télévision.

Mais revenons de l’autre côté de la Seine, du côté de la présidence de la République. C’est un fait que les Français sont pour l’instant séduits par un Président qui enfin, après certains locataires de l’Elysée plutôt absents, se positionne sur les grands dossiers. Constitutionnellement, rien ne lui interdit d’ailleurs cette prise de parole ni cette action permanente. En réalité, on pourrait presque dire que l’activisme personnel du Chef de l’Etat ne fait que mettre en lumière l’affaiblissement d’un Parlement déjà « rationalisé » depuis longtemps.

Pourtant, il ne faut pas oublier le rôle du Parlement qui est dépositaire de la volonté du peuple. Bref, il est l’expression même de la démocratie – et qu’il soit à ce point effacé est tout de même contrariant. Alors que se passe-t-il ? En fait, les parlementaires sont largement responsables de leur propre abaissement. Car, à l’intérieur même des limites certes strictes dans lesquelles ils peuvent agir, ils ne font pas, loin de là, tout ce qu’ils pourraient pour exister !

Quand on lit la Constitution ou le Règlement des Assemblées, on constate que le Parlement dispose d’un arsenal de moyens pour se faire entendre. Mais pour se faire entendre, encore faut-il … être là ! Et c’est bien là le problème. Sauf lors des grands jours (rentrée parlementaire, questions au gouvernement avec caméras), la plupart ne sont pas là, ou très peu. Une grande classique : arriver le mardi et repartir le mercredi soir… Alors pourquoi une telle absence ? La réponse est arithmétique ! 85% de nos députés exercent un mandat local. Cette situation de cumul est d’ailleurs unique au monde (dans les autres pays, le pourcentage est bien plus faible, entre 0% et 20%).

C’est pourquoi à l’Institut Montaigne, nous proposons de mettre enfin un terme au cumul des mandats, en tout cas pour les députés. Il n’est pas admissible qu’être parlementaire aujourd’hui soit, pour une grande partie d’entre eux, un job à mi-temps ! La plus visible des conséquences du cumul est sans doute cet absentéisme qui décime les bancs de l’Assemblée et du Sénat. Cette suppression du cumul doit donc être regardée comme une priorité absolue si l’on veut restaurer le Parlement.