En soi, cet état de fait est révoltant. Mais il l’est encore plus quand on sait que le pays investit chaque année 33 milliards d’euros dans sa politique du logement ! Que se passe-t-il ? Pourquoi tant d’argent ne permet-il pas de résoudre le problème ? Il y aurait beaucoup à dire sur certains crédits d’impôt inutiles, sur certaines bureaucraties peu efficaces. Mais le nœud du problème, c’est la gestion des « files d’attente ». Car, de la question des SDF à celle du prix des appartements de luxe, tout se tient. En réalité, sur un marché du logement qui fonctionne, la plupart des ménages évoluent, au fil de leur vie, de l’appartement de base (généralement loué, souvent en HLM) à un logement de qualité (dont ils sont souvent propriétaires). C’est cette fluidité qui permet que, à chaque besoin, corresponde une offre adaptée.

Notre problème, c’est que cette fluidité, chez nous, s’est enrayée il y a un quart de siècle environ. En fait, si beaucoup de Français attendent un logement HLM, c’est certes parce qu’il n’y en a pas assez, mais c’est, aussi, parce que nombre de logements sociaux sont occupés par des familles qui auraient les moyens de vivre ailleurs. Une fois entré dans un HLM, en effet, on a le droit d’y rester à vie, même si l’on a vu ses revenus augmenter considérablement.

Cela se comprend. Sauf dans les zones particulièrement peu attirantes, conserver son logement, auquel on est habitué, et un loyer très raisonnable est tentant pour beaucoup de ménages. De leur côté, les organismes HLM ont tendance à ne pas pousser ces familles à déménager, à la fois pour des raisons de mixité sociale… et de gros sous : ils sont bien contents d’avoir ainsi des locataires vraiment solvables, ce qui n’est pas toujours le cas. Mais le problème, c’est que cela allonge la file d’attente pour tous les autres. Avec les conséquences que l’on sait en termes de souffrances sociales.

Les HLM sont faits pour ceux qui, sans eux, ne pourraient pas se loger. Aujourd’hui, les experts considèrent qu’un tiers environ est occupé par des familles qui pourraient très bien accéder au parc locatif classique. Cela a des conséquences dramatiques. C’est pourquoi nous proposons de supprimer la possibilité d’avoir un logement HLM à vie en cas d’augmentation importante des revenus. Les familles les plus aisées pourraient être orientées soit vers l’accession à la propriété, soit vers une location dans le privé.

Un logement décent pour tous, en France, on peut le faire. Mais cela suppose que personne ne s’installe trop longtemps dans le dispositif HLM s’il a les moyens de faire autrement.