Le laser, le transistor ou, plus récemment, Google sont des applications concrètes de travaux de fond qui n’avaient pas d’objectif pratiques. En fait, la plupart des grandes découvertes qui ont changé notre vie ont leur origine dans une recherche désintéressée, menée par des hommes et des femmes qui ne savent pas sur quoi déboucheront concrètement leurs travaux.

Cette recherche, qu’on appelle aussi recherche fondamentale, est essentielle pour l’innovation. Elle est donc vitale pour l’avenir du pays. Le problème, c’est que nous avons trop l’habitude, en France, de penser en termes de recherche « finalisée » ou « orientée », qui peut être immédiatement valorisée. A la limite, cela est compréhensible s’agissant des entreprises. Mais l’Etat, lui, a la responsabilité de pousser la science à aller plus loin. Ce n’est pas ce qu’il fait. Récemment, de nouvelles agences ont été créées, de nouveaux « grands programmes » lancés. Ils sont dotés de très importants moyens qui se comptent en milliards d’euros… mais pratiquement tous visent à doper la recherche finalisée, avec parfois même une feuille de route très précise : « Inventez-moi un navire à grande vitesse ! » ou bien « Soyez gentils de me faire un moteur de recherche franco-français ! » C’est un peu puéril. Et c’est dommage.

Car pour beaucoup moins cher, on pourrait faire beaucoup mieux. Nous sommes, nous, favorables au financement public de petites équipes de recherche fondamentale sélectionnées sur leur qualité et non sur ce qu'elles sont censées trouver. Identifions les 150 meilleures équipes de chercheurs français, dotons les chacune de quelques centaines de milliers d’euros par an durant 3 ans par exemple – ce sont des sommes raisonnables, mais qui changeraient leur vie ! - et laissons-leur un maximum de liberté dans le choix de leurs recherches et dans la façon de les mener : les uns achèteront du matériel, les autres recruteront de jeunes chercheurs français, d’autres encore monteront des collaborations internationales. Ce qui est sûr, c’est que les chercheurs savent mieux que les bureaucrates ce dont ils ont besoin.

Les petits projets sont souvent à l’origine de grandes découvertes. Et des labos mandatés et dotés pour explorer les confins de la connaissance prendront de vrais risques scientifiques qui déboucheront plus sûrement sur les innovations de demain que les usines à gaz dont nous avons trop le goût.