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Véhicule autonome : où en est-on? Entretien avec Guillaume Devauchelle, directeur de l’innovation de Valeo

BLOG - 6 octobre 2017

Les assises de la mobilité ont débuté, à l’initiative du gouvernement, le 19 septembre dernier. Celles-ci doivent permettre au ministère des Transports de réunir l’ensemble des acteurs autour de la table, en vue de la "Loi d’orientation sur les mobilités" prévue pour début 2018.L’un des sujets qui ne devrait pas échapper aux débats est celui du véhicule autonome : son potentiel n’a d’égal que le mystère qui l’entoure. Doit-on s’attendre à le voir débarquer sur nos routes dans un avenir proche ? Que représenterait son avènement pour les citoyens comme pour les acteurs du secteurs ? Interview de Guillaume Devauchelle, directeur de l’innovation de Valeo.
 

Les autorisations de tests de véhicules autonomes se multiplient à l’étranger, le dernier exemple en date étant en Californie, le 4 septembre dernier. Comment se situe la France dans cette course à l’expérimentation ?
 
Il y a beaucoup de bonne volonté en France, mais force est de constater que nous avons toujours un coup de retard. Par rapport aux Etats-Unis et à l’Allemagne notamment, les démarches pour organiser des expérimentations sont trop complexes et n’incitent donc pas les entreprises françaises du secteur à innover sur le territoire.
 
Pour les entreprises comme Valeo qui sont présentes dans un grand nombre de pays, il est évident que les départements d’innovation iront s’installer dans les pays "les plus simples" : Valeo Vision, centre d’innovation du groupe, est ainsi installé en Irlande près de Galway car il a été beaucoup plus facile d’y obtenir des autorisations et de croître très rapidement à partir du noyau initial d’ingénieurs irlandais. Aujourd’hui, plus de 30 nationalités y sont présentes. Sur les recrutements, un autre problème français réside dans la difficulté d’embaucher  des ingénieurs non-issus de l’Union européenne. Or, sur des sujets aussi spécialisés que l’intelligence artificielle, les bons ingénieurs sont peu nombreux et viennent souvent de l’étranger. En Allemagne, le recrutement d’extracommunautaires est beaucoup plus simple, ce qui incite à développer son activité outre-Rhin ou en Irlande par exemple.
 

Y a-t-il des freins importants au développement du véhicule autonome ?
 
Il y a bien entendu des freins à sa généralisation, et la transition vers le véhicule autonome ne se fera pas du jour au lendemain. Néanmoins, les bénéfices sociétaux liés à celui-ci sont tels que les autres questions qui l’entourent vont s’aplanir rapidement.
 
Sur la sécurité routière, par exemple, Valeo vise, pour sa technologie de véhicule autonome, moins d’un accident grave par milliard de kilomètres. On passerait d’un facteur un à 100 par rapport à la situation actuelle, ce qui est non négligeable pour les usagers de la route.
 
Pour les accidents moins graves, le véhicule autonome sera une solution tout aussi révolutionnaire. Aujourd’hui, 29 % des accidents indemnisés ont lieu à moins de 10 kilomètres/heure. Ces accidents seront évités grâce à la technologie autonome.
 
Plus globalement, nous n’avons aucun doute que cette technologie se déploiera, notamment au sein des mégalopoles qui concentrent à la fois les richesses et les problèmes de transit et de pollution locaux. C’est d’ailleurs pour cette raison que le véhicule autonome sera, à coup sûr, un véhicule électrique en ville.
 

Quels sont les bouleversements à attendre au sein du monde automobile ?
 
C’est tout l’écosystème automobile qui devra se réinventer, et pas seulement le monde de l’auto. Par exemple, l’assureur verra le nombre d’accidents à indemniser diminuer de façon significative, et sera tenté de faire du "cas par cas" (par exemple, le pay as you drive) alors que cela va à l’encontre même de la logique assurantielle, fondée sur la mutualisation des risques.
 
Les métiers de réparation automobile, de concessionnaire, de gestionnaire de parking, devront aussi faire face à d’importantes transformations. La plus grande connectivité des véhicules va changer leur business model encore associés aux véhicules "traditionnels". L'innovation la plus remarquable des voitures américaines Tesla est à ce titre la technologie d’ "over the air", qui consiste à réaliser, à distance, des mises à jour du véhicule pour que celui-ci bénéficie en temps réel des nouvelles innovations. La frontière entre véhicule neuf et véhicule d’occasion va devenir de plus en plus mince.
 
La technologie "over the air" nécessite une connectivité des véhicules, à l’heure où la cybersécurité occupe une place de plus en plus importante dans le débat public : comment le milieu automobile se saisit-il de la question ?
 
Chaque fois qu’un progrès voit le jour, il s’accompagne d’un défi à relever : pour le véhicule autonome, la cybersécurité est le défi principal. Un plan 5G est nécessaire pour établir une communication "déterministe" qui améliorera la disponibilité et la profondeur de fonctions du véhicule autonome. Il n’existe aucun système qui soit sûr à 100 %, il est donc indispensable de prendre les précautions à la fois justes et raisonnables pour mettre le véhicule autonome sur nos routes.

Le piratage d’un véhicule est néanmoins bien plus complexe que ce que l’on peut imaginer : il existe des couches logicielles au sein des véhicules qui permettent de traquer un très grand nombre d’attaques, et d’éviter qu’un tiers, en dehors de la voiture, ne puisse se faire passer pour une navigation embarquée. La technologie "over the air" permettra de mettre à jour les logiciels des véhicules en temps réel et ainsi d’augmenter leur capacité de réaction aux attaques. Les cas "extrêmes" (comme le terrorisme) ne peuvent être complètement exclus, mais ils nécessiteraient une action très sophistiquée de la part des pirates, que même Valeo ne saurait produire aujourd’hui. Il s’agirait de pirater une caméra, un radar et un lidar - technique laser de mesure de distance - soit trois physiques différentes, ce qui est infiniment complexe. Sans compter sur le fait qu’un véhicule autonome est doté d’une intelligence locale forte, qui rend le piratage d’autant plus improbable.
 
Il est par ailleurs important de préciser que les équipementiers comme Valeo ne luttent pas seuls contre la cybercriminalité. Ils sont épaulés d’industriels spécialisés dans ce domaine (Cisco, Gemalto, Atos pour ne citer qu’eux) et bénéficient donc d’un savoir-faire de premier plan.

 

 

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