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Interdiction de la production d’hydrocarbures en France, ou l’arbre qui cache la forêt

BLOG - 12 septembre 2017

 

Mesure phare du "plan climat", un projet de loi portant sur la fin de la production d'hydrocarbures en France a été présenté ce mercredi 6 septembre 2017 en Conseil des ministres par Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire. Analyse de Marc-Antoine Authier, Chargé d'études à l'Institut Montaigne, expert des questions environnementales.

Le projet de loi portant sur l’arrêt de la production d’hydrocarbures en France en 2040 vous semble-t-il une avancée importante ?

C’est une mesure qui va dans le bon sens. Elle s’inscrit dans la droite ligne du plan climat présenté par Nicolas Hulot le 6 juillet 2017 et dont l’objectif est d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Le ministre a choisi de s’attaquer à la question des hydrocarbures car ils représentent encore plus de deux tiers de notre consommation d’énergie finale, alors qu’il s’agit de la source d’énergie la plus fortement émettrice de gaz à effet de serre (GES), notamment par rapport aux énergies renouvelables et au nucléaire.

Cependant le projet de loi ne porte que sur la production d’hydrocarbures en France et non pas sur la consommation. Or, moins de 1 % des hydrocarbures que nous consommons provient de notre production nationale. La mesure proposée par le ministre ne conduira qu’à diminuer notre production nationale et donc à augmenter nos importations. S’attaquer au sujet des hydrocarbures en ne se focalisant que sur leur production et non sur leur consommation, c’est éviter de s’attaquer au cœur du problème.

Quelles mesures devraient être mises en place de façon prioritaire ?

Si on regarde de façon objective nos émissions de GES au niveau national, on constate que la production d’énergie ne représente que 11 % des émissions globales alors que le secteur des transports en représente 28 % et le chauffage dans le résidentiel et le tertiaire 20 % (2). C’est donc vers ces deux secteurs que doivent être dirigés prioritairement nos efforts et nos actions. Le ministre de la Transition écologique et solidaire a déjà fait des annonces dans ce sens, notamment l’accélération du calendrier de la convergence fiscale entre essence et diesel ainsi que la fin de la commercialisation des véhicules utilisant ces carburants d’ici 2040. Il faut continuer d’entreprendre des actions dans ces domaines en concentrant les efforts financiers sur l’électrification des transports, d’une part, et sur la rénovation du bâti, d’autre part. Ces mesures qui touchent directement au quotidien des citoyens, à leur confort de vie, voire à leur situation financière, sont plus lourdes à assumer sur le plan politique, mais certainement plus efficaces sur le long terme.

Elles doivent en outre s’accompagner d’une tarification du carbone qui soit suffisamment importante pour inciter les acteurs économiques à modifier leurs décisions d’investissement et sortir des actifs "carbonés". Ainsi, un prix de 30€/tonne de carbone émis rend nettement moins compétitif l’investissement dans les centrales à charbon dont les coûts de production demeurent faibles à ce jour. Les mesures qui ont été annoncées par le Premier ministre et le ministre de l’Économie et des Finances vont dans ce sens, avec une augmentation accélérée du prix du carbone qui devrait être fixée pour les cinq années du mandat dans la loi de finances. Ces décisions semblent à la hauteur des enjeux et il faut saluer cette démarche. Attention toutefois à ne pas défendre cette mesure exclusivement au niveau national, au risque de créer un désavantage compétitif pour notre pays. Cette solution est nécessaire, mais elle ne sera efficace que si elle est mise en place dans le cadre d’une action concertée au niveau européen.


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