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Europe / Monde

Catalogne : un coup d’épée dans l’eau ?

BLOG - 28 septembre 2017

 

Ce dimanche, les Catalans sont invités à se prononcer sur leur indépendance lors d'un référendum décrété "illégal" par le gouvernement espagnol. Quels sont les enjeux de ce scrutin ? Quelle pourrait être la légitimité de son résultat ? Quelles questions, enfin, pourrait-il soulever au niveau européen ? Dominique Moïsi, conseiller spécial de l'Institut Montaigne, nous livre son analyse.

Quels sont les enjeux du référendum catalan ? En quoi se différencie-t-il d’autres référendums d’autodétermination ?

Depuis quelques années, et dans de nombreux pays, le recours au référendum s’est imposé comme un élément récurrent de la vie politique. Mais les enjeux du scrutin catalan reposent sur les circonstances exceptionnelles qui caractérisent la situation actuelle en Espagne. En 1980 puis en 1995 le Canada avait accepté le principe du référendum québécois, tout comme la Grande Bretagne l’avait fait pour l’Écosse en 2014. Au contraire, dans le cas de la Catalogne, Madrid nie la légalité du vote. C’est ainsi une partie de l’Espagne qui se révolte contre le reste du pays et qui, de manière discutable, revendique son droit absolu à l’autodétermination. La Catalogne se considère, comme l’égale du Québec ou de l’Écosse, alors même que les Espagnols refusent fondamentalement cette conception.

L’enjeu est avant tout identitaire : existe-t-il une véritable "nation catalane" ? L’existence d’un peuple, d’une culture, d’une langue et d’une histoire permettrait de répondre positivement à la question. Mais la Catalogne est aussi la région espagnole la plus peuplée et la plus riche, et il est inconcevable pour le reste du pays d’imaginer une Espagne sans Catalogne.

Les sondages estiment que la majorité des Catalans est défavorable à l’indépendance mais cette opposition s’est réduite au fil du temps. La réaction du gouvernement espagnol, qui selon moi n’a pas été la bonne, a largement contribué à cette tendance. Madrid s’est en effet abritée derrière la loi en décrétant le référendum contraire à la Constitution et la situation n’a fait que se dégrader depuis. L’État a repris temporairement le contrôle des finances de la Catalogne et le procureur général espagnol a menacé de procéder à l’arrestation de Carles Puigdemont, le président du gouvernement catalan, pour désobéissance et détournement de fonds publics. Mariano Rajoy a surestimé ses forces et sous-estimé les émotions catalanes : sa stratégie a été de penser que plus il serait dur avec les Catalans, plus il serait populaire dans le reste de l’Espagne.

Si le "oui" l’emporte, l’indépendance pourrait-elle être amorcée ?

De mon point de vue, la victoire du "oui" est peu probable. Mais au-delà des prévisions, il y a surtout la question de la participation. Plus le nombre de votants est important, plus le gouvernement se trouvera confronté à la légitimité de ce scrutin. Dans le cas d’une petite victoire du "oui" avec un faible taux de participation, le gouvernement espagnol se retrouvera dans une "zone grise", un flou qui ne scellera en rien la question de l’indépendance catalane.

Au fond, il est peu probable que le problème soit véritablement résolu dimanche : à mon sens, le référendum ne sera qu’un "coup d’épée dans l’eau". Madrid doit négocier les conditions d'une autonomie plus grande encore avec la Catalogne. La solution ne passe pas par l'indépendance mais par un fédéralisme renforcé.

Ce vote pourrait-il inciter d’autres nations (comme l’Écosse) à demander un nouveau référendum ?

J’aimerais d’abord revenir sur un paradoxe : on s’attendait à ce que la plus grande difficulté de l’Espagne provienne du Pays basque, avec la lutte violente et terroriste pour l’indépendance de cette région. Soudain, c’est une nation qui réussit économiquement à l’intérieur de l’Espagne, avec une capitale ouverte d’esprit qui demande son indépendance. On peut ici faire un rapprochement avec le Royaume-Uni : la revendication indépendantiste est la plus faible à Barcelone, comme l’était la revendication du Brexit à Londres. Au fond, quand on a une identité heureuse, la multiplicité identitaire n’est pas un obstacle mais une richesse : on peut se dire à la fois catalan, espagnol et européen.

Concernant l’Écosse, il est évident que si le "oui" l’emportait dimanche en Catalogne, la question du référendum écossais serait immédiatement relancée et ce pour deux raisons : d’abord, la volonté indépendantiste par rapport au Royaume-Uni et, ensuite et surtout, le sentiment pro-européen des Écossais qui ont voté à près de deux tiers en faveur du Remain en juin 2016. La victoire des indépendantistes catalans rebattrait nécessairement les cartes en Écosse, mais se poserait ensuite la question de l’accession à l’Union européenne.

L’entrée d’un nouveau pays membre dans l’Union suppose l’accord de tous les autres États membres. Dans ce contexte, on verrait mal les Espagnols dire "oui" à la Catalogne. Pour les Écossais, le problème serait différent : ils n’auraient pas de souci à se faire concernant le vote des Britanniques qui, dans cette hypothèse, auraient déjà quitté l’Union. Néanmoins, on peut penser que l’Espagne s’opposerait à l’accession de l’Écosse comme nouvel État membre afin de contrer toute velléité indépendantiste à l’intérieure de ses frontières. Ainsi, la question européenne reste au cœur du sujet du référendum catalan.

 

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