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CAP sur une COP(26) ambitieuse et inclusive !

Trois questions à Laurence Tubiana

INTERVIEW - 21 Octobre 2021

La communauté internationale n'est actuellement pas sur la voie du respect des engagements pris dans le cadre des Accords de Paris signé en 2015. L'Union européenne tente pourtant de se poser en entrepreneur climatique, en atteste l'adoption cet été de l'ambitieux paquet "Fit for 55" qui cherche à réduire de 55 % les émissions de gaz à effet de serre du Vieux Continent à horizon 2030. À quelques jours de l'ouverture de la COP26, la communauté internationale devra justifier du retard pris sur les engagements climatiques et relancer une dynamique vertueuse. Comment faire de cette conférence une réussite, pour l'Europe mais aussi le reste du monde ? Laurence Tubiana, présidente de la Fondation européenne pour le climat, a accepté de répondre à trois questions dans le cadre de notre série COP26 : compte à rebours au sujet des enjeux de la COP26 qui s'ouvre dans quelques jours.

En 2019, vous acceptiez de répondre aux questions de l’Institut Montaigne pour tirer le bilan de la COP24. Dans ce billet empreint d’optimisme, vous alarmiez néanmoins sur le besoin d’adopter des mesures encore plus ambitieuses et de s’assurer que celles-ci s'accompagnent de véritables efforts. Depuis, les émissions de gaz à effet de serre ont continué à augmenter. Êtes-vous toujours optimiste sur la situation ?

Nous sommes toujours très loin du compte, même en matière d'ambition des gouvernements, puisque notre trajectoire de réchauffement est plutôt de l’ordre de 2,7°C que de 1,5°C, comme fixé lors de l'Accord de Paris. Nous allons vers une catastrophe annoncée en l’absence d’action rapide. La "saison en enfer" à laquelle nous avons fait face cet été, pour paraphraser Rimbaud, n'en constitue que les toutes premières turbulences.

Comme vous le relevez, le constat est tout aussi sombre du côté des émissions actuelles. Selon l'agence internationale de l'énergie (AIE), l’année 2021 aura connu la seconde plus haute augmentation des émissions de CO2 de l'histoire. Rappelons aussi que, selon le dernier rapport du GIEC paru en août 2021, la décennie actuelle aura été la plus chaude en 125 000 ans.

Pour autant, je constate également l'effort de mobilisation mondial qui se met progressivement en place. Cette mobilisation, si elle est encore trop lente, est bien en cours et peut s’accélérer.

On observe la prise de nouveaux engagements à atteindre la neutralité carbone d'ici 2050 de la part d'organisations de tous bords et de tous secteurs d'activité. 

En deux ans, les normes et mentalités ont évolué, et chaque jour les catastrophes climatiques nous rappellent à la réalité de la crise à laquelle nous faisons face. La neutralité carbone est aujourd’hui un objectif largement partagé, une réalité et un enjeu géopolitique pour lequel les États, les régions, les villes, les entreprises, les investisseurs, la société civile et les particuliers peuvent tous participer. Le coût des énergies renouvelables continue sa décrue à travers le monde.

En outre, même les grandes institutions qui ne sont pas directement liées par l'Accord de Paris, à l’instar notamment du Fonds Monétaire International (FMI), s'alignent aujourd’hui sur celui-ci. De la même manière, les banques centrales sont à l'origine de nouvelles normes pour l'intégration du risque climatique dans le système bancaire.

La campagne "Race to Zero", actuellement menée par les Nations-Unies, rencontre aussi un énorme engouement. On observe la prise de nouveaux engagements à atteindre la neutralité carbone d'ici 2050 de la part d'organisations de tous bords et de tous secteurs d'activité. L’essentiel est maintenant de transformer ces engagements de long terme en plan d’action concret pour les années à venir, comme cherche notamment à le faire l’Union européenne à l’horizon 2030 au travers de son paquet "Fit for 55". Une annonce comme celle de la Banque Postale, qui vise l’atteinte de la neutralité carbone à horizon 2040 et le désinvestissement des énergies fossiles d'ici 2030, est à saluer. Il s’agit de la première banque française et de l’une des premières au monde à se fixer un tel objectif dans ces délais.

L’Europe se pose aujourd’hui en chef de file sur la question climatique. L’ambitieux paquet législatif "Fit for 55", qui prévoit une réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de serre du bloc à horizon 2030, en est bien l’illustration. Pourtant, dans le même temps, les grandes puissances internationales que sont la Chine, les États-Unis et l’Australie se refusent à prendre des engagements aussi radicaux. L’Europe peut-elle vraiment faire cavalier seul sur cette question climatique ? 

Cela fait des années que l'Europe joue un rôle de précurseur et de catalyseur auprès des autres grands blocs géopolitiques sur la question climatique. Cela démontre l’étendue des capacités techniques et législatives des institutions européennes, ainsi que l'influence normative du marché unique. À ce titre, notre responsabilité est à la hauteur de notre poids économique et politique. Le paquet "Fit for 55" est objectivement l'une des avancées les plus importantes vers la concrétisation des objectifs de l'Accord de Paris au niveau mondial. 

Depuis la présentation de cette initiative en juillet 2021, l’Union européenne a dessiné une véritable feuille de route pour nous tracer un chemin jusqu’à ce point d’étape qu’est 2030. Celle-ci est concrète, sectorielle, financée et - de manière importante - adaptée à la diversité économique et industrielle du continent. C'est exactement ce qu'il fallait entreprendre, bien que le plus dur commence avec l'intégration de ces objectifs dans le cadre législatif des États membres. 

L’Union européenne a dessiné une véritable feuille de route pour nous tracer un chemin jusqu’à ce point d’étape qu’est 2030.

Cela ne manquera pas de donner lieu à de difficiles négociations et à des expressions de mauvaise foi à l’égard de l’urgence climatique. L'Europe a encore beaucoup à faire. C'est aussi le cas des autres pays que vous citez, même si eux aussi se mobilisent. Sous l’impulsion de Joe Biden, les États-Unis sont de retour sur les devants de la scène diplomatique en matière de climat et tentent de rattraper le temps perdu. Le mois dernier, la Chine a annoncé la fin de ses financements internationaux pour les centrales au charbon, une initiative profondément transformatrice. De la même manière, les territoires australiens sont très en avance sur leur gouvernement fédéral. 

Au niveau mondial, on constate ainsi un effet d'entraînement positif derrière l’Europe, c'est certain. L'enjeu est aujourd’hui de l'accélérer fortement.

Les pays du G20 représentent 81 % des émissions mondiales de CO2. Lors du sommet de Copenhague, en 2009, les pays dits "développés" s’étaient engagés à mobiliser 100 milliards de dollars par an avant 2020 pour accompagner les pays dits "en développement" dans la lutte contre le dérèglement climatique. Compte tenu du non-respect de ces engagements, comment s’assurer que la COP26 soit celle de l’inclusion et de l’accompagnement des pays les plus fragiles vers des technologies plus vertes ?

Selon l'économiste Nick Stern du Grantham Institute à la London School of Economics, nous nous rapprochons enfin de cet objectif des 100 milliards. Plus précisément, nous devrions l’atteindre cette année ou l'année prochaine. Or, le respect de cet engagement est important au maintien d’un minimum de confiance entre pays riches et pays en développement, entre pays émetteurs et pays vulnérables. Néanmoins, il faut rappeler que cet objectif ne constitue qu'un seuil symbolique et non la fin de la course. La transition nécessitera de nouveaux soutiens aux pays les plus fragiles, pour s’assurer que nous évoluons dans un monde plus juste et donc plus sûr. 

Comme vous le soulignez, la finance climat constitue l'un des grands enjeux de cette COP : il s’agit de dépasser une fois pour toutes le cap des 100 milliards et de lancer une puissante dynamique de mobilisation des investissements pour le climat. Pour cela, il n'est plus seulement question de technologie. Il est aussi nécessaire d’améliorer la conception de ces investissements, notamment par les financements mixtes, afin d'en diminuer les risques et de générer des effets d'attraction. 

Enfin, il nous faut faire face à la réalité : les premiers effets du dérèglement climatique sont déjà là. À ce titre, il est nécessaire que la COP26 dédie une importante part des négociations à la mobilisation des financements pour l'adaptation aux conséquences de la crise climatique (sécheresses, ouragans, inondations, canicules, etc.). Les investissements pour permettre une meilleure adaptation devraient désormais représenter la moitié de toute la finance climat. 

Nous disposons encore de quelques années pour éviter les pires conséquences du changement climatique, mais l’action climatique doit pour cela devenir une réalité et une ambition de toutes et tous. L’été 2021 nous a rappelé à la dure réalité de la crise climatique : nous sommes tous concernés. 

 

Copyright : Hector RETAMAL / AFP

 

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