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BLOG - 16 mai 2017

 

Le Président Macron et le gouvernement d'Edouard Philippe vont bénéficier de plusieurs vents favorables du côté de l'économie. A l'image de la journée de l'investiture, ils rencontreront également quelques orages. Dans la première catégorie, une bonne conjoncture, un préjugé favorable de nos partenaires européens et bien sûr, une dynamique politique génératrice de confiance. Dans la seconde, le risque d'une forte opposition sociale et les faiblesses du projet de gouvernance de la zone euro.

Commençons par la conjoncture. Les enquêtes de l’INSEE sont au plus haut depuis avril 2011 c’est à dire avant le début de la crise de défiance envers la politique économique italienne et par suite envers la zone euro elle-même. On retrouve cette embellie chez nos proches partenaires à commencer par l’Allemagne et même l’Italie, ce qui est nouveau et important. Le maintien d’une politique monétaire très expansionniste, la dépréciation du taux de change de l’euro et, dans le cas de la France, les mesures prises pour rétablir la profitabilité des entreprises, ont commencé à produire leurs effets. Sauf dégradation imprévue de la conjoncture mondiale, ces puissants leviers macro-économiques devraient continuer à nourrir la croissance des économies d’Europe continentale dans les 12 à 18 mois à venir.

L’amélioration de la conjoncture est générale. Dans l’industrie, elle est plutôt tirée par les exportations et le secteur des biens d’équipement. D’ailleurs, les industriels interrogés par l’INSEE ont révisé à la hausse de 1 point leurs projets d’investissement, misant à présent sur augmentation des dépenses d’investissement de 6 % en 2017. Dans les services, les activités scientifiques et techniques et les activités hôtelières et de restauration se montrent particulièrement dynamiques. Enfin et c’est important pour l’emploi, le BTP va mieux, avec une amélioration spectaculaire des perspectives dans les travaux publics et, selon les promoteurs immobiliers, une amélioration constante de la demande de logements et des prix. Rien d’étonnant dans ces conditions à ce que la Commission européenne révise ses prévisions de croissance pour la France à la hausse, à 1,4 % pour cette année. Il est d’ailleurs probable que la croissance soit finalement plus forte que les prévisions ne le suggèrent aujourd’hui, surtout si les premières mesures décidées par le nouveau gouvernement sont favorables aux entreprises avec effet immédiat.

Parce qu’il a levé l’hypothèque d’une politique nationaliste et anti-européenne, mais aussi parce que son programme est résolument réformiste et pro-européen, le président Macron va bénéficier d’un a priori favorable chez nos principaux partenaires européens, à commencer par l’Allemagne, et auprès de la Commission européenne. Or, les lignes directrices de son projet de budget 2018 suggèrent une politique plutôt expansionniste, en raison de l’impact du CICE conjugué à celui de la baisse des charges qui le remplacera ensuite. Dans d’autres circonstances, la France, qui n’a pas bonne réputation sur le respect de ses engagements budgétaires à Bruxelles, aurait de la peine à faire passer une telle impasse budgétaire. On ne le sait que trop à l’étranger : la principale faiblesse de l’économie française et l’une des raisons profondes de sa tentation protectionniste endémique est la rigidité de son marché du travail. Or, le nouveau Président a délibérément mis en tête de sa liste de réformes économiques celle du marché du travail. La cohérence de son projet devrait l’aider à convaincre ses partenaires qu’ils gagneraient à laisser à la France un peu de marge budgétaire.

Les risques d’orages ne sont pas à négliger pour autant. Déjà, les forces politiques opposées à toute réforme ainsi que certains syndicats se mobilisent pour empêcher la flexibilisation du marché du travail. On a souvent dit que la difficulté à faire passer cette réforme très partielle que fut la loi El Khomri / Loi Travail vint d’une mauvaise pédagogie. C’est possible. Alors, pour la compléter et l’amplifier, comme le prévoyait le candidat Macron, il faudra faire preuve de la même finesse stratégique dont il a fait preuve jusqu’à présent, et que son gouvernement fasse de grands progrès dans l’art de la discussion et de la pédagogie. Sur le fond, l’argumentaire est clair, mais difficilement audible : pour que les entreprises embauchent, pour que la France n’en reste pas au statut autoproclamé de ‘terre des start-ups’, vouées à être achetées ou disparaître, pour qu’elle permette à ses entreprises de grandir, il faut qu’elles puissent licencier plus facilement. Ayant les idées claires sur l’objectif, qu’on peut appeler ‘flexisécurité’, ou ‘économie sociale de marché’ (le modèle social-chrétien de Ludwig Erhard) appliqué au marché du travail, le président Macron peut entretenir la dynamique politique qui l’a porté au pouvoir. La condition : maîtriser le difficile passage du projet, si bien pensé soit-il, à son exécution, en conduisant une vraie pédagogie de la réforme sans se laisser impressionner par les manifestations.

Si l’orage social est déjà prévu pour l’été et la rentrée, les courants adverses associés à la réforme de la gouvernance de la zone euro n’apparaîtront que plus tard dans le quinquennat. Le candidat Macron prônait un début de fédéralisme budgétaire (et donc fiscal), avec une représentation parlementaire de la zone euro et un ministère des finances de la zone euro, en charge, entre autres, d’un budget commun. Tant qu’on en reste à ce degré de généralité, le projet peut recevoir un soutien de sympathie de la part de ceux de nos partenaires dont la solidité financière en fait les garants de l’euro, à commencer par l’Allemagne. Mais dès qu’on entrera dans les détails, les difficultés apparaîtront : quels impôts communs, pour quelles dépenses ? Quel financement, par les budgets nationaux et le recours aux marchés par chaque Trésor national, ou par émission d’eurobonds, c’est à dire d’obligations dont chaque Etat se porterait garant, y compris pour les autres en cas de défaillance ? Plus fondamentale encore, surgira la question : dans quelle mesure ce début de fédéralisme budgétaire pourrait-il aider à résoudre les problèmes structurels de la zone euro, conséquence des hétérogénéités de ses marchés du travail, de ses marchés du logement, ou encore de ses jurisprudences ? Comment un ministre des finances de la zone euro aurait-il pu prévenir la crise de la zone euro ? Aurait-il eu l’autorité nécessaire pour imposer à l’Espagne et à l’Irlande de dégonfler rapidement leurs bulles immobilières et de travaux publics bien avant le point de non-retour ? Aurait-il eu la capacité d’imposer à la Grèce et au Portugal de contenir l’augmentation incontrôlée des dépenses publiques que leur permit l’entrée dans la zone euro en faisant disparaître, bien à tort, la prime de risque grevant le financement de leur dettes publiques ? Poser ces questions suffit à montrer qu’il sera difficile d’obtenir un consensus sur le sujet.

Pour l‘heure, à mesure que les élections législatives approchent, le débat politique risque de se concentrer sur les symboles attachés aux caractéristiques de notre société, les 35 heures plutôt que la flexibilisation du marché du travail, l’âge de la retraite plutôt que la réforme durable du système, les vertus comparées de la CSG et de la TVA plutôt que l’allègement global de la fiscalité…. Mais vous pouvez compter sur l’Institut Montaigne pour ne pas les oublier !

 

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