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Créer de véritables doctorats orientés vers l’ingénierie

BLOG - 8 octobre 2012



A l’occasion de la conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs (Cdefi) qui s’est tenue le 2 octobre dernier, Geneviève Fioraso, ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, a plaidé pour le développement d’une stratégie nationale de recherche, dans laquelle les grands organismes devront "reprendre leurs responsabilités en matière d’orientation stratégique".(*)

"Je crois aux rapprochements par les projets et par les initiatives, pas en la coercition et au top-down" [1], a ajouté la ministre, précisant également sa volonté d’accroître la participation de la France aux projets de recherche européens, celle-ci étant en baisse. Car si notre pays est le second contributeur au PCRD [2], derrière l’Allemagne, la France ne coopère pas autant qu’elle investit : "il faut davantage participer aux projets européens" selon Geneviève Fioraso, qui a invité les écoles d’ingénieurs à y concourir davantage.[3]

Rappelant que le développement de la recherche technologique est la "faiblesse de la France", la ministre a encouragé les écoles d’ingénieurs à reconnaitre davantage le doctorat : "Les écoles d’ingénieurs doivent amplifier leurs efforts déjà conséquents sur le doctorat. Il faut qu’un nombre croissant de diplômés ingénieurs s’engagent dans cette voie, commune aux écoles et aux universités".

Rappelons que la France est un des rares pays de l’OCDE dans lequel le doctorat reste peu valorisé. Les docteurs français ne bénéficient pas de la reconnaissance sociale qui accompagne l’obtention d’un tel diplôme aux États-Unis, en Allemagne ou au Royaume-Uni par exemple. La France affiche également un taux de chômage de ses docteurs en moyenne trois fois supérieur à celui des autres pays de l’OCDE. En outre, trois ans après l’obtention de leur diplôme, le taux de chômage des bac+2 peut varier de 1 à 16 %, contre 2 à 15 % pour les docteurs. Aux Etats-Unis, 46 000 ingénieurs de niveau master sont formés chaque année, dont 7 100 réalisent une thèse, soit 15 % d’entre eux, contre 4 % des ingénieurs français.[4]

La ministre a également appelé à mieux communiquer à destination des entreprises, notamment pour que les PME et les PMI soient davantage associées aux résultats issus de la recherche. Les entreprises françaises sont en effet réticentes à accueillir et à recruter des docteurs, même pour des postes liés à la recherche : seuls 15 % des chercheurs en entreprise sont des docteurs [5], alors que 50 % sont des ingénieurs.

Afin d’encourager et de développer les comportements innovants et entrepreneuriaux des ingénieurs français, l’Institut Montaigne a notamment proposé, dans son étude Adapter la formation des ingénieurs à la mondialisation (février 2011), de créer de véritables doctorats orientés vers l’ingénierie, sans pour autant reproduire le titre d’ingénieur-docteur, permettant aux ingénieurs d’acquérir la compétence "recherche" en l’appliquant à des domaines déterminants pour leur carrière industrielle future. Ces doctorats doivent être souples et permettre d’alterner des périodes de recherche, d’enseignement ou d’expérience en entreprise tout en facilitant la création de start-up.

Depuis dix ans, l’Institut Montaigne plaide au travers de ses différents travaux pour un rapprochement des universités, de la recherche et des entreprises qui doit notamment passer par une véritable prise en compte de l’innovation et de l’entrepreneuriat au sein des cursus universitaires. C’est en jouant sur la proximité des universités, des centres de recherche et des entreprises – et en incitant les professeurs à rejoindre des projets d’entreprise – que la France pourra mettre en place un écosystème permettant la création de richesses au sein de ses universités en donnant à nos étudiants et à nos jeunes diplômés les capacités d’entreprendre et de participer à l’effort de recherche national.

(*) AEF, « Geneviève Fioraso à la Cdefi : "Les écoles d’ingénieurs doivent amplifier leurs efforts déjà conséquents sur le doctorat" », dépêche n° 172572, 02/10/2012

Notes

[1] Ibid.

[2] Programme-cadre recherche et développement de l’Union européenne.

[3] AEF, op. cit.

[4] Adapter la formation des ingénieurs à la mondialisation, étude, février 2011, Institut Montaigne.

[5] Données issues de l’enquête "Génération 2004" du Céreq, De l’enseignement supérieur à l’emploi : voies rapides et chemins de traverses, 2009.

 

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