Propositions issues du rapport " Avoir des leaders dans la compétition universitaire mondiale" - Octobre 2006
Pour des raisons historiques, politiques, financières, culturelles, la France ne dispose pas de l’Institution ou des institutions aptes à insérer notre pays dans l’économie de la connaissance. Même nos grandes écoles – si prestigieuses – se trouvent reléguées dans les classements, distancées par des établissements plus jeunes et plus audacieux. Depuis quelques années, l’idée a émergé de donner à un ou plusieurs établissements la taille critique, les moyens, les structures pour peser dans la compétition mondiale. Jusqu’à ce jour, ces projets se sont heurtés à des réalités institutionnelles, géographiques ou simplement financières qui leur ont interdit de s’imposer.
Sept critères essentiels …
L’Institut Montaigne a défini sept critères décisifs dans la perspective de fonder un établissement supérieur et de recherche véritablement porteur d’innovation et de rayonnement international :
1. Une masse critique d’étudiants (au moins 5 000) et de chercheurs (au moins 1 000) : Il y a en France des institutions trop petites, paradoxalement appelées « grandes écoles » et des institutions trop grandes : les universités, qui diluent les talents et les responsabilités dans un ensemble qui divise et pulvérise au lieu de connecter.
2. Une unité géographique : Un campus unique au sein duquel les individus sont amenés à se croiser, à échanger et à coopérer.
3. La recherche de l’excellence via la sélection des meilleurs chercheurs et des meilleurs étudiants.
4. Une pluridisciplinarité alliant sciences, humanités, technologies et management
5. Une continuité entre enseignement supérieur et recherche : L’enseignement ne peut se nourrir que d’une recherche avancée et active, de même que la recherche ne peut se priver de l’apport du sang neuf et des idées différentes des jeunes doctorants.
6. Des liens étroits avec l’industrie
7. Une gouvernance efficiente : Que la recherche et l’enseignement en France soient très souvent de statut public n’est pas un problème en soi. Mais il faut pouvoir greffer sur ce statut un modèle de gouvernance permettant de recourir à des financements privés et d’allouer les ressources de manière réactive sous la responsabilité d’un Conseil d’administration proactif et compétent.
… pour cinq projets
Premier projet : Créer une institution nouvelle répondant d’emblée aux 7 critères identifiés
- Recruter 8 000 étudiants à termes, dont 30 % d’étrangers, de la licence jusqu’au doctorat.
- Trouver un lieu permettant de construire de zéro un campus suffisamment grand et propre à recevoir des extensions dans l’avenir, mais aussi qui ne soit pas éloigné d’un centre urbain attractif. Plusieurs sites correspondent à ce descriptif : Palaiseau, Saclay, Cardinet.
- Attirer des « locomotives » en matière de recherche. L’université se dotera d’une politique scrupuleuse en matière d’attractivité : équipement des laboratoires, qualité du fonds documentaire et de son accessibilité, des conditions de résidence et un cadre de sociabilité intellectuelle optimal seront offerts à ces chercheurs. A cette politique d’attractivité répondra une sélection rigoureuse.
- Un financement privé est essentiel. D’emblée seront institués des contrats et des accords de formation continue. Le principe fondamental est que les laboratoires se financent massivement sur le « marché » de la recherche : l’abondement de l’institution doit être largement minoritaire.
- Cet établissement a vocation à être public. Mais, les spécificités de son recrutement aussi bien en matière de chercheurs qu’en matière d’étudiants imposent un assouplissement des règles appliquées aux
institutions universitaires. Il est permis d’imaginer un statut plus proche de celui de l’Etablissement public.
Financement : La participation publique aux dépenses de construction et d’équipement serait de 1 Md€. La dotation annuelle de fonctionnement sera ensuite de 100 millions d’€ par an, sous la forme d’une dotation globale entière fongible estimée à 12 000€ par étudiant. Les autres coûts seront supportés par les financements privés des laboratoires, leurs retombées financières, et par les droits d’inscription.
Deuxième projet : Fertiliser le tissu universitaire au coeur de Paris : l’« Institut d’études avancées »
Le Quartier latin est un empilement d’institutions vénérables, souvent performantes, mais dépourvues de toute synergie. Le projet « Montagne Sainte-Geneviève » consiste à mettre en synergie les établissements qui y sont implantés en un «Institut d’études avancées».
- L’Institut d’études avancées se conçoit comme un système en réseau unifiant les forces en présence sur le territoire de la Montagne Sainte-Geneviève : ParisVI et ParisIII, ParisIX-Dauphine. Les établissements présents dans le même périmètre : universités, grandes écoles de lettres et de sciences… pourraient établir des conventions de collaboration
- L’unité géographique est un des piliers de ce projet : L’actuel Ministère délégué à l’Enseignement supérieur et à la Recherche pourrait abandonner les locaux de l’ancienne Ecole polytechnique au profit
d’une petite unité chargée de coordonner les différentes institutions de l’Institut d’études avancées.
- Cet Institut fonctionnera comme une institution spécifique, agissant sur la base d’un réseau, mais dotée d’une gouvernance propre. L’autonomie et la légitimité de la direction constituent un enjeu-clef notamment au regard des financements levés.
Troisième projet : Optimiser et dynamiser le pôle ParisTech »
- Les écoles du réseau ParisTech sont dispersées : il convient de tout regrouper à Saclay, sur un campus unique
- ParisTech pourrait comporter 5 ou 6 grands pôles, correspondant aux filières de recrutement des étudiants et permettant une mise en oeuvre rapide sans bouleversement du système des concours :
- un pôle de type « School of Science » à Palaiseau-Saclay autour de l’Ecole polytechnique ; - un ou deux pôles de type « School of engineering » regroupant les masters des mines, des Ponts, de l’ENSAM … - Un pôle Agro & ENGREF focalisé sur les disciplines communes à ces deux institutions ; - Un pôle de type « School of science » Paris regroupant Chimie de Paris et l’ESPCI ; - Un pôle management à créer
L’ensemble forme la « Graduate School ParisTech », coeur de l’établissement.
- Il conviendrait de proposer une fusion des établissements ParisTech. Un exécutif central coordonnerait les ensembles et les pôles de recherche sans intervenir dans leur gestion quotidienne. Une Fondation rassemblerait les moyens financiers des entreprises et des anciens. Elle serait chargée de soutenir le rayonnement de ParisTech en accompagnement du déploiement international des firmes françaises.
Quatrième projet : une fédération des grandes écoles à Palaiseau : « L’Institut de Saclay »
Ce projet se rapproche du projet ParisTech mais ambitionne une intégration plus forte des écoles concernées, en soulignant l’importance d’un pôle géographique unique et des liens très étroits entre enseignement supérieur et recherche (sur le modèle du MIT américain).
- Ce projet part de l’existant sur le plateau de Saclay-Palaiseau et propose de compléter le dispositif par la relocalisation d’autres grandes écoles et la montée en puissance d’unités mixtes de recherche. Ainsi, 10000 étudiants et 2500 enseignants chercheurs seront présents sur ce campus unique, atteignant des ratios étudiants/chercheurs comparables à ceux du MIT.
- Par ce rapprochement géographique, le projet ambitionne de faire émerger une dizaine de pôles d’enseignement et de recherche couvrant un large éventail de disciplines aussi bien en sciences dures, en technologie, qu’en économie-gestion et humanités. La mobilité des étudiants sera facilitée.
- Ce projet propose une gouvernance associant les directions des écoles, celles des centres de recherche et celle d’une fondation de recherche créée pour la circonstance. Les institutions existantes pourront garder leurs statuts et organisations propres en matière de recrutement des étudiants, gestion des ressources humaines, spécificité pédagogique etc. La fondation de recherche mutualisera un certain nombre de services et se verra confier une mission de mise en oeuvre du campus et de développement de synergies. Elle sera dotée d’un budget spécifique.
Cinquième projet : encourager et répliquer le modèle grenoblois :
L’Aerospace Valley de Toulouse, le campus Artem en Lorraine, ou l’Université de Bretagne : la province se fédère et transforme en pôles d’excellence ses ressources. Prenons l’exemple «Grenoble Universités» : sa montée en charge s’organise depuis 2005 et ses potentialités lui promettent de se ranger parmi les institutions européennes-phare, si toutefois ce modèle accomplit pleinement ses ambitions.
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