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>> Afrique-France : réinventer le co-développement

Propositions issues du Rapport "Afrique-France : réinventer le co-développement" - Juin 2010


Un demi-siècle après les indépendances de 1960, la mondialisation oblige à repenser les relations entre la France et l’Afrique. Il est temps de réinventer le co-développement, concept qui a peu convaincu jusqu’ici. Le sens que l’Institut Montaigne lui donne est celui d'un partenariat entre l’Afrique et la France pour accélérer leurs croissances respectives en profitant de leurs complémentarités. Le co-développement est avant tout une méthode, un nouveau partenariat pour la croissance, qui utilise toutes les ressources, privées comme publiques.

L’Afrique a démenti, au cours de la dernière décennie, son image de continent condamné à la misère et au sous-développement : elle a connu en 2008 une croissance de 5 % et en 2009 encore 3 %, malgré la crise. Alors que l’aide traditionnelle au développement, attaquée tant par les ultralibéraux que par les altermondialistes, est de plus en plus mal acceptée par les Africains, que ces derniers se tournent vers les pays émergents (Chine, Inde, Brésil) plutôt que vers l’Europe, il s’agit de réinventer un co-développement gagnant-gagnant autour de trois axes : encourager les investissements privés, valoriser l’épargne des migrants, opérer des transferts de connaissances. Pour ce faire, nous proposons de :

 

  • Faire de l'aide publique au développement un levier pour l'investissement dans les secteurs stratégiques. L’aide publique peut être mobilisée afin de garantir contre les risques (politiques notamment) les investissements viables effectués par les acteurs privés. 100 d'épargne privée pourront ainsi être mobilisés avec 10 de fonds publics.

 

  • Faciliter l'accès au capital des petites entreprises africaines en mettant le Private Equity au service du co-développement.

 

  • Créer un label co-développement. Il serait attribué aux entreprises qui agissent en faveur des pays africains, qui ont apporté la preuve de leurs engagements de responsabilité sociale et environnementale, dont les contributions à la valeur ajoutée locale et à la formation des compétences est incontestable.

 

  • Créer un Fonds d’investissement pour le co-développement abondé par les produits d’épargne des migrants, destiné à faciliter leurs investissements dans leur pays d'origine en garantissant les prêts aux entreprises.

 

  • Encourager la bancarisation des migrants et favoriser la constitution d’une épargne chez ces derniers.

 

  • Utiliser les nouvelles technologies pour favoriser les transferts de fonds. A titre indicatif, l’usage des SMS pour passer des ordres de virement doit être développé.

 

  • Contractualiser les échanges de personnels qualifiés. L’Europe est confrontée à un déficit de personnel, notamment dans le domaine médical. Les professionnels formés en Afrique se trouvent, eux, face à un déficit de débouchés. Les pays ont tout intérêt à contractualiser leurs besoins, en donnant par exemple des moyens à l’enseignement médical et paramédical au Sud avec des programmes d’échanges, et un aménagement du retour des personnels qualifiés formés en Europe.

 

  • Créer un partenariat renforcé entre les universités africaines et les universités françaises. Favoriser la mobilité internationale des enseignants africains et de leurs homologues européens afin de mutualiser les connaissances, les enseignements, les méthodologies et les cultures.

 

  • Impliquer les entreprises du Nord dans le développement des établissements de formation en Afrique.

 

  • Créer une Université d’excellence en Afrique. Prenant appui sur son réseau de lycées français en Afrique, la France doit prendre l’initiative de la création d’une université internationale d’excellence sur le continent africain. Celle-ci, cofinancée par des fonds publics et par des fonds privés, attirerait les meilleurs talents afin d’éviter le brain drain.

 

  • Développer des liens entre recherche fondamentale, recherche appliquée et politiques publiques, en dépassant les coopérations bilatérales.