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| 2006 : heure de vérité pour la France ? Détails de cet article :
«Dans quel état se trouve la France ? Qu'en sera-t-il en 2006, une fois le choc intervenu ?». C'est à ces questions qu'ont tenté de répondre Michel Godet, auteur du Choc de 2006 : démographie, croissance, emploi, et le philosophe Pascal Bruckner, dont l'ouvrage Misère de la prospérité vient de paraître, lors des derniers Libres Echanges, organisés en partenariat avec HECdébats. Maître ès «prospective économique», Michel Godet se méfie des vaticinations et autres prédictions, rappelant «qu'une bonne prévision n'est pas celle qui se réalise, mais celle qui conduit à l'action». Mais ne joue-t-il pas les Cassandres quand il agite, en épouvantail, certaines statistiques : l'Europe va perdre 30 millions d'habitants d'ici à 2050, alors que les Etats-Unis vont en gagner 130 millions. Et Pascal Bruckner d'ajouter une note pessimiste en identifiant dans ce «jeunisme ambiant» le symptôme d'une société vieillissante, «en déclin technologique, démographique et écologique». Se livrant à un examen exhaustif de la situation française, Michel Godet dresse un constat des plus accablants : au vieillissement de la population, s'ajoutent un manque d'engouement pour les métiers manuels, un «exode urbain» à l'ampleur insoupçonnée, et un besoin criant de lien social. Pascal Bruckner abonde dans le même sens. «La France, dit-il, est devenue un pays gangrené par la peur», un pays dont la faible natalité ne fait que trahir, en réalité, un manque de confiance en soi et en l'avenir. Cependant, la France n'est pas seule à supporter sa peine. L'Europe, affirme Bruckner, «a honte d'elle même», «n'ose pas affirmer ses valeurs», et semble enfermée dans «un esprit de contrition». Récent lauréat du prix du livre d'économie, le philosophe affirme par ailleurs que le travail a perdu de son attractivité, et que l'on assiste à «une inversion de sa valeur même». «On s'ouvre par le loisir, et non plus par le travail» : c'est la «dictature du divertissement», qui voit le consommateur prendre le pas sur le travailleur. Exprimant toute son inquiétude quant à l'actuel déclin de la France, il met en garde contre une société «qui soumet de façon permanente ses membres à penser le temps comme labeur». Celle ci abrite un réel danger, celui de voir l'émerger deux France, l'une «qui s'abandonne aux loisirs» et l'autre qui, par le travail, s'arroge le pouvoir. Une telle société, prévient Bruckner, «serait vidée de son essence démocratique». Faut-il cependant céder au pessimisme ? Point s'en faut ! Bruckner appelle l'Europe à «cesser tout relativisme culturel» et à s'affirmer «spirituellement». C'est par une intervention sur le coût du travail, une incitation à l'activité, une baisse des charges et des impôts, ainsi que la substitution à une politique «d'assistanat» des chômeurs la création «d'une dynamique de projets», que Michel Godet, quant à lui, voit le salut du système français. C'est en effet à ce prix que la France échappera à son destin obscur, celui d'un pays dans lequel «la flamme de l'histoire s'éteindra tout doucement». |
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